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La vieillesse au-delà des clichés d'un autre âge
Posté le 10/04/2012 à 18:46
Un jury publie aujourd'hui ses conclusions, après six mois de débats sur les personnes âgées.

«Et si les vieux vivaient encore ?» Interrogation iconoclaste. Ils sont là, nombreux : près de 9 millions de Français ont plus de 75 ans. Ils vivent pour la plupart à domicile ; chez les plus de 80 ans, près de 20% sont en institution. Mais voilà, ce qu'ils disent (ou ce qu'ils taisent) est loin d'être conforme aux clichés.

C'était le thème d'un cycle de débats mensuels, organisé depuis octobre par le Centre d'éthique clinique de l'hôpital Cochin, à Paris, avec Libération et France Culture. Avec, en arrière-plan, cette question : «Quelle médecine pour quelle vieillesse ?» Un jury de personnalités (le président de la Mutualité, une aide-soignante, un gériatre, un philosophe, une ancienne directrice des hôpitaux de Paris, une usagère) les a tous suivis : à charge pour lui d'émettre des recommandations, rendues publiques aujourd'hui (1).

Envie forte. Personnalité historique de la gériatrie, Geneviève Laroque, a trouvé les mots justes : «On a le sentiment que les vieux sont vus comme des membres d'une tribu exotique. Alors que nous, les vieux, nous avons le sentiment de ne pas avoir changé, et d'être toujours ce que nous sommes.» «La vieillesse a de multiples visages, insiste Véronique Fournier, directrice du Centre d'éthique clinique. Mais c'est d'abord une perception subjective. On ne se sent pas vieux tant que l'on ne souffre pas de vieillesse.»

Comme l'a montré l'enquête sur les «directives anticipées» (Libération du 11 octobre 2011), la majorité des personnes très âgées montre une envie forte : celle de vivre. Très rares sont ceux qui anticipent leur mort et, par exemple, écrivent ces «directives» qui expriment leurs souhaits quant à leur fin de vie, en cas de perte d'autonomie.

Deuxième constat : les vieux parlent peu. Etre vieux, c'est aussi faire un pas de côté. «La vieillesse se définit aussi par un peu plus de repli sur soi», note le professeur Olivier Saint-Jean. Comment éviter de parler à leur place ? Troisième idée fausse : beaucoup d'experts s'inquiètent d'une médicalisation trop forte. «Or, les personnes, même très âgées, sont plutôt demandeuses de médecine», affirme le professeur Olivier Saint-Jean.

Fragile. Enfin, le coût de la vieillesse. Ces derniers mois, un leitmotiv s'est installé : on va vers une implosion des comptes sociaux, en raison du vieillissement. Il n'en est rien. «Les coûts de santé induits par le vieillissement ne sont pas si lourds», a expliqué l'économiste Jean de Kervasdoué. Et ce rappel : «Les solidarités individuelles et familiales font beaucoup plus qu'on ne le pense.» Au gré des débats, un monde de la grande vieillesse est apparu, nuancé et fragile. Avec, en face, une société réticente à le saisir.

Par ÉRIC FAVEREAU Libération.fr

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